Voilà quelques mois que je suis bloquée (tétanisée, pétrifiée, engluée, momifiée, ce que vous voudrez).
Impossible d’écrire quelque chose d’honnête (et de profond). En anglais, genuine. Comme je me refuse à jouer le jeu des masques dont je ne connais ni les règles, ni le(s) finalité(s), les choses se compliquent un petit peu.
Les masques avaient fait leur mascarade en Italie et continuent de me suivre, sans que je ne puisse me résoudre à en porter aucun.
Tout d’abord, quel masque choisirais-je? J’ai plusieurs choix: sociologie; études des arts vivants; philosophie… Il me glisseraient un peu sur le visage, seraient trop grands, me gratteraient derrière les oreilles, seraient trop étriqués, pas assez modulables, pas assez, et bien, moi. Celui de la littérature ‘collerait’ sans doute mieux que les autres, mais après la joie d’avoir trouvé un masque à ma taille suivrait la déception de ne savoir l’habiter, et la frustration de porter un masque qui n’est pas le mien.
Quant au costume, à la forme que je pourrais tenter prendre… Je pourrais tenter de me métamorphoser pour prendre forme, me former pour me conformer, mais à quoi? Je pourrais partir d’un corpus pour trouver ‘mes’ questions; je pourrais adopter une méthode généalogique qui me pousseraient à chercher des exemples dans ce qui s’assimilerait à un corpus; je pourrais m’exercer aux complices complexités et y trouver un chemin (séduisante méthode des complexités, mais qu’est-ce que cela veut-il réellement dire?); je pourrais faire une étude comparative et analyser les métamorphoses de mes objets d’études. Ou tout à la fois?
Trouver un moule, des barrières, un pieu qui fait pousser l’arbre droit pour un résultat parfaitement planifié, mais pourquoi se conformer à tel modèle plutôt qu’à tel autre?
Il serait aussi de bon ton de porter un costume qui me permettrait de dire ‘on’, ou ‘nous’, au lieu de je. Mais mes itinéraires sont subjectifs et les territoires traversés appartiennent au récit subjectif de voyage. Mon point de vue ici et maintenant. Faire du mieux possible avec ce que je connais, et ce que je sais que je ne connais pas.
Après toutes ces années sur les bancs des écoles, je peux affirmer venir de territoires inter (ou trans) disciplinaires. Comment alors me conformer à une méthode, une matière ou une discipline (la matière d’étude qui obéit à des règles structurées devient une discipline) particulière? Je ne me sens en aucune mesure capable de m’y conformer, encore moins de m’y former (ou de m’y morpher).
Incertitudes qui me font passer de métamorphose en métamorphose au fil des rencontres, lectures, projets, pays, théories, ouverture vers des domaines/territoires possibles. (les masques éphémères).
Bien sûr, certains territoires m’appellent plus que d’autres. Echos et kaléidoscopes qui miroitent ce que je m’autorise à leur donner. Masques narcissiques peut-être, qui me font momentanément avancer vers d’autres domaines attirants. Mais les illusions ne durent qu’un temps et les masques ne se fixent pas.
Pourquoi porter un masque et pour qui? Et surtout pour montrer quoi? Il semblerait qu’il me faille en choisir un.
Des mots clés me tournent autour:
déplacement – immersion – im(matérialité) – refuge – dépassement – ecléctisme – création collective – expérience – étrange – lectures – sensations – vides – saturation – dépositionnement – perte d’identité